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2014-11-13T23:14:00+01:00

"LA DOT" Buchi Emecheta 2/2

Publié par afrolitt

Après mes souvenirs, je vous livre ma relecture 3 ans plus tard

Waoh Waoh, Waoh, alors mes amis je suis impressionnée par la capacité à enregistrer, interpréter et transformer nos souvenirs...

Tout d'abord, Aku-nna, c'est le nom de notre héroïne, n'est pas une villageoise tel que j'ai pu le laisser penser mais bien une jeune fille de la ville. L'instituteur a certes été élevé aux méthodes modernes mais il reste très imprégné et beaucoup plus qu'Aku-nna des traditions du villages et des conséquences de ses actes vis-à-vis de ces dernières.

 

Oubliez ce que je vous ai dit basé sur mes souvenirs et laissez-moi vous parler, un peu mieux j'espère, de « La dot » By Buchi Emecheta!

Aku-nna est une pré-adolescente de 12 ans qui vit dans un Lagos post 2eme guerre mondiale, avec ses parents et son petit-frère Nna-Ndo. On est donc en pleine colonie britannique.

Cette jeune fille timide et réservée est aussi heureuse qu'elle peut l'être, pour autant qu'on puisse en juger cette fille introvertie.

Très proche de son père qui le lui rend bien, elle a des rèves relativement simples: terminer ses études et faire un beau mariage pour rendre fier ses parents et surtout justifier son nom, Aku-nna : « le trésor de son père ».

Pendant ce temps, sa mère séjourne au village où elle se fait soigner par le guérisseur le plus puissant de la région afin de pouvoir avoir d'autres enfants. Entendons-nous, nous sommes dans les années 40, peut-être début années 50, et chez les Igbo, comme sans doute dans d'autres ethnies, ne donner que deux enfants à son mari, dont une fille, est socialement difficile à tenir pour une femme.

D'ailleurs il suffit de regarder un film nigérian au camerounais aujourd'hui pour se rendre compte que ces problématiques sont encore assez actuelles.

Revenons à notre histoire: des évènements tragiques amènent bientôt Aku-nna et sa famille à quitter Lagos pour migrer à Ibuza, le village d'origine de son père, ce village même où sa mère s'est fait soigner.

Là-bas, la jeune fille timide et réservée, livrée à elle-même dans un monde dot elle ne comprend pas les codes, devient timorée et craintive. D'autant que sa mère, toute à sa joie d'être de nouveau enceinte se concentre sur la vie à venir et sur les difficultés de la vie à Ibuza. Son petit frère, dans un monde où les garçons sont rois gagne en indépendance la considère de moins en moins.

Ajoutons à cela une classe pleins de garçons post-pubère voire adultes dont les taquineries frisent le harcèlement..

Dans son malheur Aku-nna n'a que 2 sources de soulagement: Elle n'a pas encore ses règles, ce qui lui évite les demandes en mariage et les cours aussi intempestives qu'effrayantes. Mais aussi permet que son oncle continue de la laisser fréquenter, car une fille sachant lire et écrire? cela ne fera qu'augmenter la dot, rappelons que le titre original du roman est « The Bride Price » une fois qu'Aku-nna aura ses règles, confirmant ainsi son nom, « la richesse de son père ».

Le 2eme soulagement, Chike, l'instituteur de la classe unique qu'elle fréquente. Chike, beau garçon (Je susi faaaannnn), à qui (suivant ma propre interprétation) peu de femmes mariées du village ont refusé leur couche. Il faut dire que Chike les repousse d'autant moins qu'il aime les jolies filles mais aussi que toutes ces jeunes filles mariées à de vieux croulants, ça le révolte. De plus, quel vieux croulant irait publiquement se plaindre de ce que sa belle jeune femme le cocufie avec un fils d'esclave et est même peut-être le véritable géniteur de son enfant?


Et là apparaît un des nœuds de l'intrigue: 

 Chike semble avoir tout pour lui: beau, jeune, des études et un des métiers les plus incontournables du village, son père était un esclave, devenu à la faveur des bouleversements amenés par la colonisation, un des plus riches hommes du village. Son père est aussi envié pour sa richesse que détesté car il foule aux pieds toutes les traditions du village; aucune famille Igbo sensée n'enverrait son enfant en mariage dans une telle famille. Le père le sait, Chike le sait mais Aku-nna, élevée loin des subtilités d'Ibuza, ne le comprend pas.

Il suffit que Chike la remarque un peu, la protège des brimades dont il sent qu'elle fait 'objet, l'aide à sortir de sa coquille, bref se soucie vraiment de ce qu'elle ressent pour qu'elle se laisse emporter et se retrouve éperdument amoureuse de lui, heureuse pour la 1ère fois depuis des année.

Et le pauvre Chike qui pensait aider simplement son élève à donner le meilleur d'elle-même et à se battre pour échapper à ce village qui la mine, se retrouve submergé par cet amour, pris au piège par la dernière chose dont il aurait voulu: tomer amoureux d'une fille d'Ibuza et vouloir l'épouser.

 

La seule solution est d' « acheter » son oncle avant qu'un autre prétendant se présente. Malheureusement les traditions sont cruelles pour les amoureux àIbuza, surtout ceux qui veulent transgresser l'ordre établi. Séquestrée, Violentée, il faudra à Aku-nna un courage que personne ne lui aurait supposé, courage qu'elle trouve dans l'amour de son frère Nna-ndo et de Chike pour s'enfuir.

son oncle les suivra jusqu'à l'autre bout du pays et il faudra toute la force de leur amour pour y résister.

 

Je n'en raconterai pas toutes les péripéties ni le dénouement mais chaque mot, chaque phrase de cette dernière partie m'a tenu enchaînée, entre larmes, révolte et espoir.
Oui, j'ai haï Buchi Emecheta d'avoir écrit ce livre,

j'ai détesté ce bouquin,

je l'ai adoré.

J'ai eu le cœur au bord des lèvres, l'estomac noué mais incapable de m'arrêter.

 

 

WHAT ELSE TO SAY ? 

« La dot » c'est ça. Un bijou de 1966 qui n'a rien perdu de son éclat et brillera de tous feux dans n'importe quelle bibliothèque vintage...

Et moi qui ai toujours dit que les nouvelles ne valaient pas qu'on s'y attarde trop:

  • trop court pour avoir le temps de rentrer dans l'histoire: FAUX !

  • trop sommaire pour développer une empathie avec les personnages : ARCHI-FAUX !

  • Trop rapide pour une intrigue bien développé: ULTRA-FAUX !

  • Trop trop pour être un roman: Et bien « La dot » est certes trop long pour être qualifié de nouvelle, trop court pour être un roman dans ma définition du terme mais, « La dot », pour moi, c'est un GRAND roman. <3 <3

 

Merci Buchi Emecheta.

& Thank you Nigeria for offering at least 3 marvelous novel writers. Ma découverte des auteurs nigérians n'est sans doute pas terminée.

 

Afrolitt

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