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2016-05-02T15:42:52+02:00

« Le ravissement des innocents » de Taiye SELASI

Publié par afrolitt
« Le ravissement des innocents »  de Taiye SELASI

Quand j'a emprunté mon 1er Chimamanda Ngozi Adichie, je n'en connaissais l'auteur ni d'Eve ni d'Adam. Aussi la découverte fut-elle totale. Pour Taiye Selasi en revanche je savais qu'elle était vue comme un pilier de la littérature africaine post 2010. Vous vous doutez donc que je m'attendais au même ravissement innocent que j'ai ressenti en lisant "L'autre moitié du soleil" by Ngozie Adichie.

Je l'ai emprunté une première fois, je ne l'ai même pas commencé; la deuxième fois je n'ai pas dépassé disons...la page 20. Bref je me suis sentie coupable d'ignorer un potentiel génie, ou plus simplement mon sentiment de culpabilité habituelle quand j'ai un livre sur ma table et que je ne lis pas...

Jamais 2 sans 3 mais l'histoire ne dit pas s'il y a toujours une 4ème fois. En tout cas cette fois je l'ai terminé et vous le livre !!!!!!

Alors « Le ravissement des innocents » ou en VO « Ghana must Go » est un livre à la construction étrange et difficile à suivre, ce qui explique pourquoi peut-être j'ai eu tant de mal à le démarrer. Mais une fois rentrée dans la vie de cette famille ghaneo-nigeriane immigrée aux États-Unis puis éparpillée aux 4 coins du monde, enfin théoriquement sur 3 continents, je ne voulais savoir qu'une chose, le « Pourquoi? »

Kweku vient de mourir, dans sa magnifique maison du Ghana pendant que sa femme dort dans la chambre maritale. Mais qui est Kweku, mais surtout pourquoi a-t-il laissé femme et enfants en Amérique pour venir se faire une autre vie ici?

Il faudra tout le temps que dure sa crise cardiaque pour le comprendre;

Kweku est chirurgien, Ghanéen, immigré aux États-Unis et marié à Folasade, une sublime nigériane que lui envient tous ses camarades. Ils sont jeunes, beaux, intelligents et pauvres comme Job. Mais ils s'aiment et graduellement gravissent les échelons de la société, d'étudiant en médecine boursier vivant dans un 2 pièces minuscule à propriétaires d'une petite villa à Brookline,dans la banlieue chic de Boston. Entre-temps, 4 enfants naitront, sur 14 ans, Olu d'abord, puis les jumeaux Kehinde et Taiwo et enfin Sadie.

La famille vit dans un certain bonheur et Kweku se fait d'autant plus un point d'honneur de procurer l'aisance financière à sa famille que Folasade a refusé une bourse pour une prestigieuse faculté de droit afin que Kweku puisse terminer sa médecine.

Aussi quand Kweku perd son travail de façon totalement injuste et se trouve incapable de gagner le procès qui l'oppose à la hiérarchie de l’hôpital,- en Amérique être noir, brillant et dans son droit n'assure pas de gagner contre les puissants- son monde s'écroule, il a tout perdu, il s'enfuit incapable d'assumer la déception de Folasade, de tomber du piédestal sur lequel le placent ses enfants.

Ce dont il ne se doute pas c'est qu'il ne supportera cette fuite loin des siens que 3 semaines, lui qui pensait partir (entendons peut-être mourir) et ne jamais revenir. Mais il revient, trop tard, Folasade, la belle Folasade qui ne se laisse jamais abattre par l'adversité a vendu la maison pour éponger les dettes, et a déménagé la famille. Jamais plus il ne reverra ses enfants et le destin de ceux-ci, tous leurs drames futurs s'expliquent à l'aune de cette disparition qu'ils n'ont jamais compris.

16 ans plus tard, alors que chacun apprend la mort de ce père qu'ils ont enfoui chacun dans sa mémoire, faisant presque semblant de nier jusqu'à son existence, chacun se rend compte à quel point il était encore présent dans leur cœur, à quel point cela a contribué à briser les liens fraternels et même le rapport à la mère.

Alors la mort de Kweku, sera-t-elle l'occasion de renouer les liens brisés, parler des histoires tues, reformer le temps d'un enterrement sur la terre des ancêtres, la famille qu'ils n'ont plus été. Il faut attendre les derniers chapitres pour comprendre que toutes les lignes tracées par Taiye Selasi visent à ramener ses protagonistes là, le retour vers le père, le retour du père...Et en refermant le roman, on se dit qu'elle l'a drôlement bien fait...

Le livre n'a pas ce qu'on pourrait appeler un rythme effréné, de toute façon on connait la fin, la mort du père chapitre après chapitre, mais je me suis surprise à tourner les pages pour comprendre cet homme s'était enfui et n'avait jamais essayé la réconciliation, pourquoi ses enfants étaient si loin du cliché de la famille africaine, même en occident; liens totalement coupés avec la famille dans les 2 pays, pas d'oncle ou tante éloignés aux États-Unis, ni en Angleterre, ni ailleurs. Bref une famille un peu en vase clos qui tranche résolument avec ce qu'on considère la famille africaine classique sous nos contrées tempérées. Taiye Selasi multiplie les digressions, les sauts pour mieux revenir dans son histoire...Quand on en sort on ne sait pas bien quoi en penser, à part se demander à quel point ceci est autobiographique...

Alors non pas de ravissement innocent en lisant ce récit d'un délitement familial, juste l'impression d'un grand et vain gâchis. Pourquoi? et surtout pourquoi me semble-t-il si réel? si réaliste? Après tout le choix initial de Kweku semble si gros, si radical si incompréhensible, une erreur de parcours qu'on refuse de pardonner et qui gache la vie de dizaines d'autres...

Quelle part de ce récit est portée par l'expérience l'auteur ? quelle importance me direz-vous? Aucune peut-être mais Taiye Selasi est née en Angleterre d'un couple nigero-ghanéen, elle a une sœur jumelle; ses parents se sont séparés et son père est retourné au Ghana alors qu'elle était jeune. Elevée en Angleterre, elle a aussi vécu aux États-Unis et au Nigeria. Ces 3 éléments pèsent tout le long du récit. Je ne sais pas quels autres touches de sa vie l'auteur prête au récit mais la belle Taiwo est surement inspirée d'elle-même, ou de se jumelle, ou de tout autre membre de sa fratrie, si elle en a.

Au final, c'est la 1ère fois que j’écris un commentaire sur un livre surlequel je ne puisse dire « j'ai adoré!!! » ni « je n'ai pas aimé »...Alors je suppose qu'on va dire que j'ai bien aimé. C'est un bon compromis non?

Au fait si vous vous demandez d'où vient le titre très étrange choisi pour la version française, il s'agit d'une réflexion du personnage principal Kweku ( non est-il vraiment le personnage principal), non du personnage central mais non principal Kweku qui se rappelle de sa sœur morte lucide mais heureuse, non pas parce qu'idiote, mais parce qu'elle sait qu'il ne sert à rien de lutter. Sa sœur défunte et adorée est le symbole de ce ravissement;

Et le titre anglais? Pareil tiré d'une phrase du livre; cela correspond à l'époque de troubles post_indépendance au Nigéria où les Ghanéens étaient chassés, leurs biens confisqués au mot d'ordre de « Ghana must go »... ceci est d'autant plis important que Folasade, la Nigériane qui a totalement coupé les ponts avec le Nigéria en le quittant, a vécu quelques années au Ghana, a épousé un ghanéen rencontré pendant son voyage vers les États-Unis, et est revenue vivre au Ghana alors même qu'elle n'a jamais rien fait pour entretenir le lien avec ce Pays. Et oui, Ghana must go but Ghana is tenace...

Ce qui est sur c'est qu'une fois de plus un livre confirme mon envie d'en savoir un peu plus toujours sur le Nigéria et le Ghana, quitte à découvir que ce ne sont que 2 pays comme les autres au final...what do you think ?

Afrolitt

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