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2010-02-08T23:11:00+01:00

Le ventre de l'Atlantique - Fatou Diomé

Publié par


A propos du livre

Fatou Diome a publié en 2003 son premier roman, Le ventre de l’Atlantique, aux éditions Anne Carrière. Dans ce roman autobiographique, Fatou Diome est en partie Salie, une jeune femme originaire de Niodor qui vit en France où elle poursuit ses études. Son frère Madicke lui est resté sur leur île d'origine et ne rêve que de venir en Europe pour voir son idôle Paolo Maldini (oui, le joeur de foot italien) et devenir joueur de football afin d'aider sa famille. On constate amèrement que le football se présente comme  "l'issue de secours idéale pour les enfants du tiers monde. Mieux que le globe terrestre, le ballon rond permet d'arrêter un instant le regard fuyant de l'Occident, qui, d'ordinaire, préfère gloser sur les guerres, les famines et les ravages du sida en Afrique, contre lesquels il ne serait pas prêt à verser l'équivalent d'un budget de championnat." p 278, ch. 14.

Une phrase sert de fil conducteur à ce livre comme un leitmotiv: "Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité". Ainsi à chaque enfant, il incombe le devoir d'assistance à sa famille, il faut donc réussir "afin d'assumer la fonction assignée à tout enfant de chez nous: servir de sécurité sociale aux siens" p 51, ch.2. Cet objectif de résultat s'accomode mal de toute idée d'échec surtout pour celui qui est parti au pays des blancs (riches par définition).  Salie, la narratrice de notre roman le dit si bien  "J'avais beau dire à Madické que, femme de ménage, ma subsistance dépendait du nombre de serpillières que j'usais, il s'obstinait à m'imaginer repue, prenant mes aises à la cour de Louis XIV. Habitué à gérer les carences dans son pays sous-développé, il n'allait quand même pas plaindre une soeur installée dans l'une des plus grandes puissances mondiales ! Sa berlue il n'y pouvait rien. Le tiers-monde ne peut voir les plaies de l'Europe, les siennes l'aveuglent ; il ne peut entendre son cri, le sien l'assourdit." p 50, ch.2.

Cet idéal d'ailleurs, terre de tous les possibles s'accomode mal de la réalité des immigrés en France qui se retrouvent pour certains sans papiers voire expulsés. Surtout que certains de ces forçats des temps modernes (à l'exemple de l'homme de Barbès) jouent les nababs-mythomanes dès qu'ils rentrent en vacances au bled. Cela a pour conséquence immédiate de polluer encore plus la tête de leurs frangins de doux rêves, mais aussi ces mensonges leur permettent de ressentir durant cette paranthèse un sentiment de pouvoir proportionnel aux humiliations vécues de l'autre côté de l'Atlantique. Face à cet idéal relayé par force de cadeaux made in Tati, essayez donc  -vous, l'émigré de France ou d'ailleurs-  de venir parler de votre sentiment de mal être, de solitude ou de  la sensation de n'être nulle part à votre place. En France vous êtes l'étranger méprisé, de retour au pays natal vous devenez "celle/celui qui vient de France". L'esprit entre deux mondes, Salie se retrouve à dire: "La nostalgie est ma plaie ouverte et je ne peux m'empêcher d'y fourrer ma plume. L'absence me culpabilise, le blues me mine, la solitude lèche mes joues de sa longue langue glacée qui mefait don de ses mots." p 259, ch.12.

Le ventre de l'Atlantique aborde aussi les conflits et incompréhensions inéluctables qui surgissent entre émigrés et restés au bled, tout en effleurant certains problèmes de nos contrées natales. Chacun y sera sensible suivant sa propre expérience. Le thème de l'exil et de la perte de repères qu'elle engendre rappelle une certaine filiation avec L'aventure ambigüe de  Cheikh Hamidou Kane. 

 

 

L’avis de J’aime la littérature Africaine 
Vous l'aurez compris j’ai adoré ce livre qui raconte sur des variétés de tons allant de l'humour au sarcasme, la condition humaine d'ici et d'ailleurs. De ce point de vue, ce roman me rappelle et semble quelque peu faire référence à aborde aussi les problèmes inhérents à nos pays. Fatou Diomé a des paroles très dures pour tout ce qu'ont d'étouffant et d'inhumain certaines traditions de son pays d'origine, la polygamie, le poids des anciens, l'emprise intéressée et hypocrite des marabouts, la condition de la femme.  "La communauté traditionnelle est sans doute rassurante mais elle vous happe et vous asphyxie. C'est un rouleau compresseur qui vous écrase pour mieux vous digérer." p 197, ch.9. L'on peut se retrouver donc à partir aussi bien pour s'émanciper que pour partir à la conquête de la richesse matérielle.

A la fin du roman, Madické renonce à partir chercher fortune en Europe, il reste à Niodor. Mais pour un Madické, combien de Moussa échouent sur les rivages de l'Atlantique dans leur quête de la "dignité" (sic) en Europe?


 J.T.

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commentaires

Christelle M. 26/02/2011 20:00


Très bien écrit ton article!!
Je me rappelle encore les fous rires que j'ai eus à la lecture de ce bouquin. Il m'a mm fait pleuré (de rire) dans le métro.
Je me suis également retrouvée dans les conversations téléphoniques de Salie avec sa famille au pays


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