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2015-02-18T22:24:54+01:00

« PETALES DE SANG » de Ngugi Wa Thiong'o

Publié par afrolitt

Je l'avais acheté il y'a quelques années à une foire du livre alors que j'étais dans ma phase « je vais créer un blog aux petits oignons » Et j'ai donc mis quasiment 4 ans à le lire.

Je me l'interdisais en disant « tu le liras quand tu seras remotivée pour reprendre le blog. Tu ne vas pas lire un aussi gros pavé sans le partager... »

Au final j'ai lu en décembre 2014 uniquement et je ne trouve que maintenant le courage d'en parler.

Let's go !

 

L'histoire se passe dans les années 60. Ou plus exactement commence peu après les guerres d'indépendance et se termine plus de 10 après.

 

Le prétexte déclencheur? 3 des hommes les plus importants (riches et influents donc) de la région, propriétaires d'une célèbre brasserie sont morts dans un incendie. On soupçonne que ce dernier est criminel. La police arrête alors 3 suspects dont le statut social est aussi loin que l'on puisse imaginer de celui des victimes: Un instituteur très croyant aux accents « Born again », un syndicaliste qui s'est 1000 fois opposé aux propriétaires de la brasserie, et qui a le soutien de tous les ouvriers. Enfin un « cul-de-jatte » je préfère parler d'infirme ou estropié, vendeur à la sauvette très misérable.

En parallèle, une 4eme personne est rescapée de l'incendie, une coquette, prostituée propriétaire de l'établissement où s'est déclaré l'incendie. Victime ou coupable? On ne le sait pas.

Qu'ont donc en commun ces 4 personnages que rien à priori ne rapproche: Munira l'instituteur, Karega le syndicaliste, Abdulla le marchand infirme et Wanja la serveuse? Et surtout comment se sont-ils retrouvés tous, suspects du meurtre de personnes à mille lieux de leur univers à chacun?

Il faudra rentrer dans leur tête à tous successivement pour comprendre leur rencontre 12 ans plus tôt, leurs liens d'amitié et d'inimitié, leurs combats communs et séparés. Combats étroitement liés à l'histoire même du Kenya Colonial et des luttes d'indépendance. Combats liés aux désillusions post-indépendance et aux déchirures du monde rural.

 

Il y a 12 ans...

Un instituteur débarque un jour sur un « cheval de fer », comprenez une bicyclette, à Ilmorog, village perdu du Kenya qui eut un passé glorieux mais où ne subsiste plus que des vieux et des enfants. Les jeunes hommes et femmes ont tous fui pour aller se chercher un travail de misère en ville et gagner « du métal qui brille ». Tous sont persuadés que lui non plus ne fera pas long feu et finira par craquer et retourner à la ville d'où il vient. Pourtant il résiste et à défaut de vaincre la méfiance des gens d'Ilmorog, ils finissent par s'habituer suffisamment à lui pour que enfants aillent régulièrement subir ses classes à l'école. Pourquoi Munira, l'instituteur est-il venu s'enterrer là? Lui seul le sait. Quelques verres de bière partagés tous les soirs chez Abdulla, le boutiquier infirme mais incontournable d'Ilmorog ne suffisent pas à lui tirer tout à fait les vers du nez.

Mais Abdulla est-il vraiment juste le boutiquier infirme ce qu'il prétend être? Pourquoi lui aussi est-il venu s'enterrer avec son âne et son petit frère Joseph quelques années avant Munira à Illmorog?

Nul ne le sait, son bar Boutique est pourtant le point incontournable où les hommes du village se relaxent avec les bergers de passage après une longue journée de travail.

Comme si cela ne suffisait pas dans ce village où jamais rien ne se passe et que toutes ses forces vives quittent, voilà qu'un 3ème personne arrive. Arrive ? Ce serait plutôt un retour. Pourquoi la belle et jeune Wandja, qui a fait le tour du Kenya, a sans doute vécu mille aventures reviendrait s'enterrer dans ce village auprès de sa grand-mère Nyakinyua? Une fois de plus personne ne le sait mais le retour de la belle semble pousser ce village dans un dynamisme que tous semblaient avoir perdu. Soudain une espèce de joie de vivre revient, Abdulla et Munira se laissent aller à des confidences dévoilant en filigrane non pas ce qui les amené là mais un peu des enfants qu'ils furent, des rêves qu'ils eurent. Même Wandja se sent bien avec ses deux-là et se confie de plus en plus. Les hommes se prennent à rêver qu'elle finisse par leur accorder plus que quelques confidences...

Cela aurait peut-être fini par arriver si Karega n'avait pas débarqué enrichissant le trio naissant d'un esprit tourmenté de plus. Karega, qui se cherche une figure paternelle a retrouvé la trace de celui qui fut son instituteur dans ses très jeunes années, son instituteur mais surtout un modèle car il a appris que Munira a fait la même université que lui, Siriana et que comme lui quelques années plus tard, il en fut renvoyé pour comportement rebelle.

L'intérêt naissant de Wandja pour nos deux étrangers est soudain détournée vers le 3ème, plus jeune, plus passionné, plus désireux de changer les choses. A la fois jaloux de l'intérêt de Wandja et flatté de l'admiration de Karega, Munira ne tarde pas à en faire son adjoint ce qui lui permet enfin d'ouvrir de nouvelles classes et niveaux dans l'école.

Tous les principaux protagonistes sont là et les ingrédients du long drame qui se joue là sont fin prêts.

Comment Mzigo l'ancien inspecteur d'académie, Chui, le héros de Siriana devenu un politicien puissant et Kimeria ancien de la guerilla indépendantiste ayant rejoint opportunément les rangs des pro-occidentaux se sont-ils retrouvés ultra riches puis propriétaires d'une brasserie au fin fond de ce qui fut la pauvre Ilmorog? Leur route aura maintes fois croisé celle de nos 4 protagonistes au cours des 20 à 30 ans qui précèdent. Mais qui le sait? Qui avait intérêt à les voir morts ? Et surtout qui les tué si ce n'est pas un accident ?

 

Du Kenya je ne connaissais rien ou presque.

Je connais Jomo Kenyatta pour ce qu'on m'en a toujours présenté: le père de la nation Kenyane, héros des indépendances. Ce livre a donc été toute une découverte pour moi. Savoir qu'il y a eu une presque guerre civile, apprendre ce que furent les Mau-Mau. Comprendre le vrai sens du célèbre «Harambe» (pseudo-politique de construction nationale obligeant les paysans les plus pauvres à payer pour tout ce qu'ils réclament au gouvernement mais n'auront finalement pas), me promener sous Wikipedia post-lecture pour vérifier la réalité de tel ou tel personnage cité dans le livre.

 

Ce livre comme d'autres décrits ici d'ailleurs est politique, tellement réel et beau à ce titre. Je ne cacherais pas que j'ai eu du mal avec ce pavé de presque 500 pages, au style de rédaction très recherché et très particulier, aux digressions et aux histoires dans l'histoire (imaginez « Inception » en double, triple...). Bref pour ceux qui comme moi aiment les styles légers il faut parfois s'accrocher mais le jeu en vaut largement a chandelle.

Ngugi Wa Thiong'O, est très critique sur ce monde post-indépendance. Moins de 16 après les indépendances il est déjà désabusé par les nouvelles instances et est clairement du côté des communistes. Il montre à quel point seule une poignée de Kenyans et la masse des pays occidentaux en profitent.

Il est d'ailleurs plusieurs fois emprisonné ou menacé pour ses romans et pièces de théâtre clairement à charge contre les instances dirigeantes du pays.

Tentez « Pétales de Sang », l'auteur Ngugi Wa Thiong'O a eu du cran de l'écrire à l'époque où il l'a fait (sous Jomo Kenyatta), il en a souvent payé le prix. J'admire l'homme, ses pensées, ses actions et son ouvre et espère pouvoir livrer une courte biographie prochainement sur le blog...

« PETALES DE SANG »  de Ngugi Wa Thiong'o

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